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La forêt hybride de PatMoli: « Arbres en équilibre »

L’oeuvre « Arbres en équilibre » de PatMoli

s’inscrit comme une ode à la résilience des forêts, après le pitoyable été 2026 où de multiples forêts en France et à travers le monde ont été ravagées par des incendies dévastateurs. En représentant des arbres uniques, regroupés en systèmes arborés dans une structuration multiple et prodigue, l’artiste entend soutenir la force du collectif et rappeler que le végétal a aussi la capacité de développer des stratégies d’adaptation.

Dans cette installation composée de plusieurs « arbres »,

début d’une forêt, plus fournie, allant de 100 à 238 mm de hauteur et réalisés avec des boîtes de conserve recyclées, collées et empilées puis recouvertes de plâtre, de filasse, de tissu, acrylique, résine…, chaque totem sur son socle indépendant, l’artiste a restitué la fragilité poignante de la nature, pour créer des formes en équilibre instable. Le résultat façonne une forêt hybride, sorte de tribu communautaire comportant autant de sujets que d’individus, chacun disposant de sa taille, de sa forme et de ses couleurs, comme une puissante dédicace à la diversité.

Cette nouvelle oeuvre trouve sa légitimité dans le courant de recomposition

des tendances artistiques auquel procède l’artiste, en fusionnant ses principales influences : l’expressionniste abstrait, la figuration néo-expressionniste, le land art, le street art ou encore la pop culture. Sur cette base combinée, PatMoli a imaginé son propre courant, le « pop métamorphisme ». La série « Arbres en équilibre » de 2026 est une parfaite illustration de ce courant.

Plongez dans l’univers artistique de PatMoli

UN ARTEFACT ARTISTIQUE COMME OBJET DE PENSEE

Dans le prolongement de ses totems JO 2024 et de ses femmes longilignes sur tiges métalliques et avec une intention initiale qui consistait à façonner un ou des totems, la créativité instinctive de l’artiste l’a guidée vers l’invention de sa forêt d’arbres en équilibre, introduction à une installation plus conséquente.

L’observation du travail de l’artiste par Madame Sylvie Herrouet, chercheuse en Technologies de l’Art, l’a conduite à déchiffrer la démarche de PatMoli en rappelant comment le geste est à l’origine du processus poïétique.

L’usage du terme « artéfact artistique » renvoie à un processus poïétique : l’élaboration de ces objets d’art devenus « Arbres » résulte d’opérations dont l’origine est la récupération de matériaux que sont les boîtes de conserve— sans intention déterminée à l’origine.

A l’initiation de ce processus, il y a le geste. Un geste qui travaille par tâtonnements, par essais et erreurs, jouant avec le hasard de la forme et avec son propre système nerveux. Ce geste d’emblée créateur convoque l’histoire même du geste humain dans son rapport au cerveau, et nous rappelle l’histoire à partir de laquelle la main s’est progressivement dégagée pour devenir un organe de manipulation et de création.


Cette primauté du geste et plus précisément celui de la main s’inscrit dans une très ancienne concurrence entre le mot et le geste artistique, que les ethnologues ont largement reprise. André Leroi-Gourhan, en particulier, reprend l’hypothèse selon laquelle les gestes artistiques impriment une trace — une empreinte — qui les configure et leur donne figure. Cette trace rend visible l’âme du sujet, pour reprendre les termes de la théorie augustinienne de la performativité du geste.

Le geste à l’origine du processus créateur et omniprésent durant toute la poïèse de l’artéfact trouve un appui étymologique avec le mot latin gesta qui signifie littéralement « on fait des histoires ». Tout geste qui procède par essais et erreurs, par tâtonnements, participe ainsi d’un récit en train de se faire.


A la façon d’une recette, c’est bien la description du processus poïétique des « Arbres » qui façonne son histoire. Bien que la narration ne soit pas explicitement exposée au spectateur, le fait d’aller acheter des conserves, de les consommer, de les recycler, de les détourner, de les peindre, de les déformer, de les coller est une condensation de son récit.

Le processus de fabrication par le geste, agglutine des pensées et des concepts hétérogènes : filasse, plâtre, pâte à papier et résine, qui figent et consolident peu à peu la matière. De cette agglutination surgit l’objet — l’Arbre —, qui devient à son tour objet de conscience, c’est-à-dire une entité dynamique, interfaciale entre des mondes multiples : une fois construits, ces artéfacts, acquièrent un caractère d’êtres vivants et autonomes, et poursuivent leur existence indépendamment de la personne qui les a fabriquées.


Dans quelle mesure les « Arbres » sont-ils porteurs d’une intrigue, qui finalement constituerait le cœur du problème ? En empilant des boîtes de conserves et en cherchant leur équilibre à la verticale, comme des totems dans la nature et la végétation, l’artiste s’inscrit dans un dispositif d’exposition proche du Land Art ; cette histoire d’empreintes et de traces gestuelles qui tissent ainsi peu à peu le récit est un processus de symbolisation avec un hymne à la Nature qui prend racine dans le vécu de l’artiste et résonne en chacun de nous, comme les mondes partagés de Cy-Twombly, des mondes qui rassemblent plutôt qu’ils ne séparent.

Cette œuvre pose enfin la question de la temporalité ; qu’il s’agisse de gestualité ou de geste ponctuel, l’œuvre reste ici processuelle : sa durée importe davantage que son résultat final car une logique se dessine : plus le geste est présent et visible, plus l’œuvre est personnelle. Il y a toujours quelqu’un derrière les objets.

Ces artéfacts qui font œuvres, les « Arbres » ont un statut ontologique qui s’inscrit dans les définitions de plusieurs historiens, philosophes et artistes et, parmi ces derniers Marcel Duchamp traitant de l’art conceptuel : par une opération de désignation, de déplacement contextuel et d’activation symbolique, c’est le choix qui fait l’œuvre.